Le paludisme est une maladie parasitaire transmise par des moustiques de type anophèles qui résultent du développement de parasites protozoaires. Il fait partie des problèmes de santé publique et de développement majeurs auxquels sont confrontés les pays tropicaux. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (2014), 198 millions de cas de paludisme et 584 000 décès associés sont estimés chaque année dans le monde. L’Afrique, où cette pathologie est classée comme la deuxième cause principale de mortalité après le VIH/Sida, concentre l’essentiel des cas. Le paludisme y contribue significativement à l’augmentation de la mortalité infanto-juvénile. Il y est responsable de près d’un cinquième de la mortalité des enfants de moins de 5 ans et des taux élevés de fausses couches pouvant provoquer des décès maternels. Il impacte ainsi la structure par âge de la population et la fécondité. Outre, ces conséquences sociodémographiques, le paludisme affecte aussi l’économie des zones touchées, du fait de la prise en charge de sa prévention et de son traitement mais aussi du fait de ses effets négatifs sur l’accumulation du capital humain et productif. Au niveau macroéconomique, Sachs (2002) montre qu’une diminution de 10% du paludisme serait associée à une croissance économique supérieure de 0,3% dans les pays à forte prévalence. Le paludisme constitue également une barrière à l’accumulation de capital humain chez l’enfant. Au niveau microéconomique, les études antérieurs révèlent que le paludisme affecte négativement l’accumulation des richesses. Ces résultats ne font cependant pas l’unanimité parmi les chercheurs, surtout au niveau macroéconomique. Certains perçoivent plutôt le paludisme comme une maladie de la pauvreté. McCarthy et al. (2000) examine la relation entre le paludisme et la croissance économique pour mieux comprendre les disparités sur la morbidité palustre observées entre les pays. Ils utilisent à cet effet, les estimations de la morbidité palustre de l'OMS complétées d’informations sur le climat, les dépenses de santé publique, l'accès à l'eau potable et à l'assainissement ainsi qu’une série d'indicateurs socioéconomiques tirée principalement de sources de la Banque mondiale et de l'OMS. Ils trouvent que les difficultés d’accès aux soins de santé et les faibles revenus influent positivement sur la morbidité palustre. L’OMS (2012) explique ce résultat par le fait que les pauvres ont moins facilement accès aux mesures préventives telles que les moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) et aux centres de santé qui peuvent offrir des tests de dépistage et de traitement efficaces. Au niveau microéconomique, les limites des approches de mesure de la pauvreté d’une part, et celles de mesure du statut d’infection palustre d’autre part, ne permettent pas toujours d’aboutir à des résultats concluants sur l’effet de la pauvreté sur le paludisme (Filmer, 2002). En outre, on note ces dernières années, une baisse importante de l’incidence (-21% entre 2010 et 2015) et de la mortalité (-31% sur la même période) associées au paludisme dans les pays endémiques de l’Afrique grâce aux efforts des Etats dans la lutte anti-vectorielle d’une part et dans les facilitations de l’accès aux soins antipaludiques appropriés d’autre part. Au Cameroun, par exemple, où cette pathologie est responsable de 40 à 45% des consultations médicales, de 30% des hospitalisations et de 24 % du total des décès dans les centres de santé, il est préconisé entre autres la gratuité et la promotion de l’utilisation des Moustiquaires Imprégnées d’Insecticide à Longue Durée d’Action (MILDA) , l’accessibilité et la disponibilité des traitements appropriés dans les centres de santé, la gratuité des traitements pour les enfants de moins de 5 ans. Au regard de ces efforts orientés plus vers les pauvres et consentis pour réduire les inégalités sociales en matière de santé, et dans un contexte où le paludisme demeure toujours un des problèmes graves de santé publique, il paraît important d’examiner au niveau microéconomique l’effet de la pauvreté sur le paludisme.